lundi 19 septembre 2011

Polémiques autour du retable d'Issenheim, suite...

Le retable après intervention des restauratrices.
On voit très nettement que le volet de gauche, mais aussi une
grande partie de la partie droite du volet de droite
ont été dévernis
Photo : La Tribune de l’Art
Les journaux nationaux s'en mèlent : "menée dans l'urgence", cette restauration du panneau de L'agression de Saint Antoine, très controversée, aurait été effectuée "selon des procédés musclés", nous rapporte Daphné Bétard dans le Journal des Arts (9 septembre 2011). Nous nous souvenons que deux restauratrices, sous les yeux surpris des visiteurs, passaient un produit sur le panneau avec de grands gestes, produit qui, selon le musée, était sensé enlever la couche superficielle de vernis jauni. La restauration est pour l'instant stoppée, grâce à l'intervention de la Direction des Musées de France, en attendant la décision du comité scientifique qui devrait se rassembler à l'automne. Le conservateur du Musée d'Unterlinden, Pantxika de Paepe, tient toujours tête aux critiques et affirme qu'ils n'ont "pas agit à la légère".

Sommes-nous face à une énième critique du moindre changement, ou bien des décisions rapides et inconsidérées ont-elles effectivement été prises, pouvant mettre en péril cette oeuvre majeure ?

Charlotte Romer

jeudi 15 septembre 2011

MEUDON : ses Châteaux, l’Avenue du Château, le Potager du Dauphin, l’Observatoire et autres curiosités patrimoniales …

Grille d'entrée de la Terrasse
A tous ceux qui méconnaissent le patrimoine meudonnais … voici une idée de promenade, dans un écrin de verdure, à quelques minutes seulement de Paris !

Le Château de Meudon

L’histoire du château de Meudon suit le cours de l’histoire de France et rappelle des noms célèbres de l’Ancien Régime.

Anne de Pisseleu & François Ier
Des documents attestent qu’au XIVe siècle, un certain « Manoir du Val de Meudon » exista, mais il n’en reste pas de trace visible aujourd’hui car celui-ci fut détruit en 1520 par Antoine Sanguin, héritier du fief de Meudon, Chanoine de la Sainte-Chapelle et futur Grand-Aumônier du Roi pour y édifier un château de plaisance. Il s’agissait d’un simple corps de logis carré, en brique et pierre dans le style de la Renaissance. En 1527, il fait don à sa nièce, Anne de Pisseleu, maîtresse de François Ier, Duchesse d’Etampes, du château, et le Roi s’empressera de l’agrandir par l’ajout de deux ailes en retour terminées par deux pavillons carrés. Mais le décès du Roi, en 1547, interrompt le projet et Anne est obligée de vendre Meudon à Charles de Guise, Abbé de Saint-Denis, Cardinal de Lorraine.

La famille de Guise & Le Primatice
Charles de Guise fait agrandir les ailes du château et, sur les plans du célèbre architecte et peintre italien Primaticcio, dit Le Primatice (Bologne, 1504 – Paris, 1570) fait aménager les jardins, construire terrasses et galeries décorées par les frères Zuccaro, ainsi qu’une « grotte architecturale ». Ce palais de fantaisie, dédié aux muses, décoré de majoliques, coraux et coquillages remporta un franc succès et fut célébré dans la poésie de Pierre de Ronsard.

La Fronde et les Guerres de religion endommagent le château. En 1654, la famille de Guise le vend à Abel Servien, Surintendant des finances du Roi.

Le Vau & Le Nôtre
Servien charge l’architecte Louis Le Vau de créer un nouveau pavillon central ainsi qu’une vaste avant-cour servant de terrasse. Ce dernier travail de terrassement est le seul souvenir qu’il nous reste de cette époque. Aujourd’hui appelé par les Meudonnais « la terrasse de l’Observatoire », elle représente une belle étendue de promenade arborée avec ses 260 mètres de long et ses 140 mètres de large.
Entre 1679 et 1691, le domaine appartient au Marquis de Louvois, Ministre de la Guerre de Louis XIV. Il prolonge la Terrasse en perçant « l’Allée d’Honneur », actuelle Avenue du Château, et confie à André Le Nôtre l’aménagement des jardins. D’importants travaux hydrauliques permettent l’approvisionnement des bassins.

Jules Hardouin Mansart & Le Grand-Dauphin
Anciennes écuries du château
photo : Clara Dudézert
Louis XIV rachète le château en 1695 pour son fils aîné, le Grand-Dauphin. Le célèbre architecte du Roi, Jules Hardouin Mansart modifie le château et le parc. Il construit un long corps de garde et de vastes écuries pouvant accueillir jusqu’à 280 chevaux. 

Enfin, au dessus de l’emplacement de la grotte du Primatice que le Grand Dauphin fait démolir, Mansart construit en 1706 le « Château neuf ». Aujourd’hui, il ne reste du Primatice que le mur de soutènement rythmé de gaines à bossages. La mort du Grand-Dauphin en 1711 à Meudon, le déclin du Domaine royal de Meudon s’amorce.
Mur rythmé de gaines
photo : Clara Dudézert
Un lent déclin
Louis XV et Louis XVI font de Meudon un domaine de chasse, mais n’entretiennent pas les bâtiments. A la Révolution, les meubles sont vendus, les emblèmes royaux martelés, et on aménage une fabrique de ballons dans le Château Neuf. C’est là que fut fabriqué le premier aérostat militaire qui servira à la bataille de Fleurus (1794).
Dans le Château Vieux, un atelier d’artillerie est installé et, l’accident était prévisible, en 1795, un incendie se déclare laissant pour uniques vestiges : les huit colonnes en marbre rose ornant aujourd’hui l’Arc de Triomphe du Carrousel du Louvre construit par Percier et Fontaine en 1809, et des colonnes en pierre aujourd’hui à la petite rotonde du Luxembourg.   

Le XIXe siècle
Napoléon restaure le Château Neuf pour en faire une résidence impériale. Il sera de nouveau habité lors de la Monarchie de Juillet puis sous le Second Empire avant d’être incendié par les Prussiens en 1871 qui avaient installé leur batterie en cet endroit stratégique, à partir duquel ils envoyaient des obus sur Paris. En 1877, le Château Neuf en ruines est confié à Jules Janssen, célèbre pour ses études sur le soleil, pour y établir un laboratoire d’astronomie. La Grande Lunette de l’Observatoire est alors construite sur la base du Château Neuf.
L'Observatoire de Meudon
photo : Clara Dudézert



L'Observatoire
L’Observatoire de Paris, créé en 1667, en complément de l’Académie Royale des Sciences créée l’année précédente par Louis XIV et Colbert, se compose de trois sites d’observation : Paris, Meudon et Nançay.
N’hésitez pas à venir le visiter en ces prochaines Journées du Patrimoine les 17 et 18 septembre prochain !  


L’Avenue du Château et la « Grande Perspective »
Avenue du château
photo : Clara Dudézert
Comme nous l’avons vu précédemment, c’est le Marquis de Louvois qui est à l’origine de son tracé. L’actuelle Avenue du Château s’appelait alors « l’Allée d’Honneur ». La grande trouée de Servien a permis d’obtenir une perspective magistrale. En se plaçant en haut de l’Avenue du Château, puis à l’extrémité de « la Terrasse de l’Observatoire », vous apercevrez la « Grande Perspective » qui part pratiquement du Mont Valérien à Suresnes et va jusqu’en haut du « Tapis vert » à Meudon la Forêt. 

Prolongement de la perspective vers Meudon-la-Forêt
photo : Clara Dudézert
Orphelinat Saint-Philippe (à l'arrière plan, au centre)
photo : Clara Dudézert
A l’entrée de la grande Terrasse, côté Avenue du Château, ne manquez pas sur la gauche quelques dolmens retrouvés à Meudon sur lesquels les enfants grimpent, puis en avançant, la magnifique vue sur Paris : La Défense à l’extrême gauche, le bois de Boulogne, la Tour Eiffel et la Seine, le Sacré-Cœur au lointain, le dôme doré des Invalides… et l’Orphelinat Saint-Philippe à l’extrême droite, à la lisière de la forêt avec Clamart. Ce dernier fut fondé à la demande de la philanthrope Marquise Marie Brignole de Galliera, entre 1877 et 1888 qui, suite au décès de son mari, riche industriel ferroviaire, se retrouve en possession de son immense fortune et décide de l’utiliser pour les bonnes œuvres. Transformé en hôpital militaire pendant les deux guerres mondiales, il appartient aujourd’hui à la Fondation des orphelins d’Auteuil.   



Le Potager du Dauphin
En montant l’Avenue du Château du côté de l’allée gauche, vous verrez le Potager du Dauphin … c’est encore un coup de Louvois ! Et oui, un immense potager était nécessaire pour les cuisines du Château !
Mais alors, pourquoi « potager du Dauphin » si Louvois était Marquis ?
Lorsque Louis XIV achète le Château pour son fils le Grand-Dauphin, le potager devient le « Potager Royal » ; il permet d’alimenter les cuisines de l’héritier du trône à Meudon, mais aussi Versailles ! La postérité gardera le nom du propriétaire royal …
A la Révolution, le potager est vendu à des particuliers.
En 1824 la famille Odier y fait construire une grande maison.
Prosper Porto-Riche (d’où la « rue Porto-Riche » longeant le potager, parallèlement à l’Avenue du Château) acquière à son tour la propriété en 1881 où il construit des communs.
Potager du Dauphin
photo : Clara Dudézert
En 1946, des Pères jésuites rachètent la propriété pour y accueillir des russes orthodoxes, sans volonté de les convertir. Ils construisent une chapelle de style byzantin pour leur culte et créent une bibliothèque d’ouvrages slaves. A la chute de l’URSS, les jeunes russes préfèrent étudier en Russie, le site perd progressivement de son intérêt et les Pères décident de vendre la propriété en 2002. 

La Mairie de Meudon en acquiert alors la propriété, en restaure les bâtiments, ouvre les 15 000 m2 de parc au public et dédie la maison aux activités culturelles meudonnaises !


Clara Dudézert


lundi 5 septembre 2011

Le Château de Pierrefonds ou le Moyen-Age revisité par Viollet-le-Duc


Situé à la lisière de l’épaisse forêt de Compiègne, à quelques pas de la Clairière de l’Armistice du 11 novembre 1918, et de Villers-Cotterêts, où François Ier signa la célèbre Ordonnance imposant que tous les actes officiels soient rédigés en français, l’imposant château de Pierrefonds domine la ville du même nom. 
Vue depuis le château
photo : Clara Dudézert

L'entrée du château
photo : Clara Dudézert
Du château construit au XIe siècle ne reste que les caves actuelles. Il est ensuite la possession du roi Philippe Auguste, puis, destiné à la surveillance des fiefs, il est reconstruit par Louis d’Orléans, fils cadet de Charles V et reste dans la famille. Au XVIIe siècle, il devient la propriété d’un opposant de Louis XIII qui ne tarde pas en ordonner le démantèlement. L’ampleur de la tâche est telle que l’opération n’arrive pas à son terme. Tombé dans l’oubli, il devient au XIXe siècle la « ruine romantique » par excellence. Napoléon III l’achète alors en 1810 au prix de 3.000 frs pour en faire une résidence occasionnelle, puis un musée. En 1857, il confie la restauration à l’architecte Viollet-le-Duc. Ce dernier y applique sa définition du mot « restaurer » … pour lui, « restaurer un édifice ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. » Pierrefonds est donc une création en partie imaginaire d’un château médiéval. 

Travail d’invention, de recréation, le style « Renaissance » de la Cour d’honneur côtoie l’architecture défensive et d’étranges animaux en pierre … 
La Cour d'honneur
photo : Clara Dudézert


Étrange animal de pierre ornant
des escaliers dans la Cour d'honneur

photo : Clara Dudézert
Un des crocodiles en pierre ornant
le bas des façades de la Cour d'honneur
photo: Clara Dudézert

A l’intérieur, les pièces sont recouvertes de papiers peints qui annoncent déjà le style Art Nouveau … 
Papier peint et peinture dans le Salon de réception
photo : Clara Dudézert
Les symboles de la royauté sont réinventés et mélangés : une sorte d’oiseau, proche d’un aigle évoquerait Napoléon III. Pourquoi représenter des hérissons ? des abeilles ? Un étrange écho  avec François Ier ou la famille Barberini ?
On distingue sur la gauche les aigles
et à droite les abeilles ...?
!
photo : Clara Dudézert

 


Les boiseries sont elles aussi étonnantes avec des figures animales imaginaires …








Certes, l’art médiéval au Château de Pierrefonds n’est pas d’une vérité archéologique totale, Viollet-le-Duc a pris des libertés … mais c’est la création superbement originale de l’Architecte.
Cela vaut vraiment la visite !

Terrasses de café permettant d'admirer
le château après la visite ! ;)

photo : Clara Dudézert
NB : Pour le déjeuner, profitez des tables au soleil au bord du lac dans le centre de la ville !

Clara Dudézert


Très agréable, le lac et ses pédalos...
photo : Clara Dudézert

Ouverture :
Du 2 mai au 4 septembre, tous les jours, 9h30 à 18h
Du 5 septembre au 30 avril, tous les jours sauf le lundi, 10h à 13h et 14h à 17h30
Pour s’y rendre de Paris :
A 1, sortie n° 9, puis D 200 vers Compiègne et D 973.
Entrée : 4€ / 7€