jeudi 15 septembre 2011

MEUDON : ses Châteaux, l’Avenue du Château, le Potager du Dauphin, l’Observatoire et autres curiosités patrimoniales …

Grille d'entrée de la Terrasse
A tous ceux qui méconnaissent le patrimoine meudonnais … voici une idée de promenade, dans un écrin de verdure, à quelques minutes seulement de Paris !

Le Château de Meudon

L’histoire du château de Meudon suit le cours de l’histoire de France et rappelle des noms célèbres de l’Ancien Régime.

Anne de Pisseleu & François Ier
Des documents attestent qu’au XIVe siècle, un certain « Manoir du Val de Meudon » exista, mais il n’en reste pas de trace visible aujourd’hui car celui-ci fut détruit en 1520 par Antoine Sanguin, héritier du fief de Meudon, Chanoine de la Sainte-Chapelle et futur Grand-Aumônier du Roi pour y édifier un château de plaisance. Il s’agissait d’un simple corps de logis carré, en brique et pierre dans le style de la Renaissance. En 1527, il fait don à sa nièce, Anne de Pisseleu, maîtresse de François Ier, Duchesse d’Etampes, du château, et le Roi s’empressera de l’agrandir par l’ajout de deux ailes en retour terminées par deux pavillons carrés. Mais le décès du Roi, en 1547, interrompt le projet et Anne est obligée de vendre Meudon à Charles de Guise, Abbé de Saint-Denis, Cardinal de Lorraine.

La famille de Guise & Le Primatice
Charles de Guise fait agrandir les ailes du château et, sur les plans du célèbre architecte et peintre italien Primaticcio, dit Le Primatice (Bologne, 1504 – Paris, 1570) fait aménager les jardins, construire terrasses et galeries décorées par les frères Zuccaro, ainsi qu’une « grotte architecturale ». Ce palais de fantaisie, dédié aux muses, décoré de majoliques, coraux et coquillages remporta un franc succès et fut célébré dans la poésie de Pierre de Ronsard.

La Fronde et les Guerres de religion endommagent le château. En 1654, la famille de Guise le vend à Abel Servien, Surintendant des finances du Roi.

Le Vau & Le Nôtre
Servien charge l’architecte Louis Le Vau de créer un nouveau pavillon central ainsi qu’une vaste avant-cour servant de terrasse. Ce dernier travail de terrassement est le seul souvenir qu’il nous reste de cette époque. Aujourd’hui appelé par les Meudonnais « la terrasse de l’Observatoire », elle représente une belle étendue de promenade arborée avec ses 260 mètres de long et ses 140 mètres de large.
Entre 1679 et 1691, le domaine appartient au Marquis de Louvois, Ministre de la Guerre de Louis XIV. Il prolonge la Terrasse en perçant « l’Allée d’Honneur », actuelle Avenue du Château, et confie à André Le Nôtre l’aménagement des jardins. D’importants travaux hydrauliques permettent l’approvisionnement des bassins.

Jules Hardouin Mansart & Le Grand-Dauphin
Anciennes écuries du château
photo : Clara Dudézert
Louis XIV rachète le château en 1695 pour son fils aîné, le Grand-Dauphin. Le célèbre architecte du Roi, Jules Hardouin Mansart modifie le château et le parc. Il construit un long corps de garde et de vastes écuries pouvant accueillir jusqu’à 280 chevaux. 

Enfin, au dessus de l’emplacement de la grotte du Primatice que le Grand Dauphin fait démolir, Mansart construit en 1706 le « Château neuf ». Aujourd’hui, il ne reste du Primatice que le mur de soutènement rythmé de gaines à bossages. La mort du Grand-Dauphin en 1711 à Meudon, le déclin du Domaine royal de Meudon s’amorce.
Mur rythmé de gaines
photo : Clara Dudézert
Un lent déclin
Louis XV et Louis XVI font de Meudon un domaine de chasse, mais n’entretiennent pas les bâtiments. A la Révolution, les meubles sont vendus, les emblèmes royaux martelés, et on aménage une fabrique de ballons dans le Château Neuf. C’est là que fut fabriqué le premier aérostat militaire qui servira à la bataille de Fleurus (1794).
Dans le Château Vieux, un atelier d’artillerie est installé et, l’accident était prévisible, en 1795, un incendie se déclare laissant pour uniques vestiges : les huit colonnes en marbre rose ornant aujourd’hui l’Arc de Triomphe du Carrousel du Louvre construit par Percier et Fontaine en 1809, et des colonnes en pierre aujourd’hui à la petite rotonde du Luxembourg.   

Le XIXe siècle
Napoléon restaure le Château Neuf pour en faire une résidence impériale. Il sera de nouveau habité lors de la Monarchie de Juillet puis sous le Second Empire avant d’être incendié par les Prussiens en 1871 qui avaient installé leur batterie en cet endroit stratégique, à partir duquel ils envoyaient des obus sur Paris. En 1877, le Château Neuf en ruines est confié à Jules Janssen, célèbre pour ses études sur le soleil, pour y établir un laboratoire d’astronomie. La Grande Lunette de l’Observatoire est alors construite sur la base du Château Neuf.
L'Observatoire de Meudon
photo : Clara Dudézert



L'Observatoire
L’Observatoire de Paris, créé en 1667, en complément de l’Académie Royale des Sciences créée l’année précédente par Louis XIV et Colbert, se compose de trois sites d’observation : Paris, Meudon et Nançay.
N’hésitez pas à venir le visiter en ces prochaines Journées du Patrimoine les 17 et 18 septembre prochain !  


L’Avenue du Château et la « Grande Perspective »
Avenue du château
photo : Clara Dudézert
Comme nous l’avons vu précédemment, c’est le Marquis de Louvois qui est à l’origine de son tracé. L’actuelle Avenue du Château s’appelait alors « l’Allée d’Honneur ». La grande trouée de Servien a permis d’obtenir une perspective magistrale. En se plaçant en haut de l’Avenue du Château, puis à l’extrémité de « la Terrasse de l’Observatoire », vous apercevrez la « Grande Perspective » qui part pratiquement du Mont Valérien à Suresnes et va jusqu’en haut du « Tapis vert » à Meudon la Forêt. 

Prolongement de la perspective vers Meudon-la-Forêt
photo : Clara Dudézert
Orphelinat Saint-Philippe (à l'arrière plan, au centre)
photo : Clara Dudézert
A l’entrée de la grande Terrasse, côté Avenue du Château, ne manquez pas sur la gauche quelques dolmens retrouvés à Meudon sur lesquels les enfants grimpent, puis en avançant, la magnifique vue sur Paris : La Défense à l’extrême gauche, le bois de Boulogne, la Tour Eiffel et la Seine, le Sacré-Cœur au lointain, le dôme doré des Invalides… et l’Orphelinat Saint-Philippe à l’extrême droite, à la lisière de la forêt avec Clamart. Ce dernier fut fondé à la demande de la philanthrope Marquise Marie Brignole de Galliera, entre 1877 et 1888 qui, suite au décès de son mari, riche industriel ferroviaire, se retrouve en possession de son immense fortune et décide de l’utiliser pour les bonnes œuvres. Transformé en hôpital militaire pendant les deux guerres mondiales, il appartient aujourd’hui à la Fondation des orphelins d’Auteuil.   



Le Potager du Dauphin
En montant l’Avenue du Château du côté de l’allée gauche, vous verrez le Potager du Dauphin … c’est encore un coup de Louvois ! Et oui, un immense potager était nécessaire pour les cuisines du Château !
Mais alors, pourquoi « potager du Dauphin » si Louvois était Marquis ?
Lorsque Louis XIV achète le Château pour son fils le Grand-Dauphin, le potager devient le « Potager Royal » ; il permet d’alimenter les cuisines de l’héritier du trône à Meudon, mais aussi Versailles ! La postérité gardera le nom du propriétaire royal …
A la Révolution, le potager est vendu à des particuliers.
En 1824 la famille Odier y fait construire une grande maison.
Prosper Porto-Riche (d’où la « rue Porto-Riche » longeant le potager, parallèlement à l’Avenue du Château) acquière à son tour la propriété en 1881 où il construit des communs.
Potager du Dauphin
photo : Clara Dudézert
En 1946, des Pères jésuites rachètent la propriété pour y accueillir des russes orthodoxes, sans volonté de les convertir. Ils construisent une chapelle de style byzantin pour leur culte et créent une bibliothèque d’ouvrages slaves. A la chute de l’URSS, les jeunes russes préfèrent étudier en Russie, le site perd progressivement de son intérêt et les Pères décident de vendre la propriété en 2002. 

La Mairie de Meudon en acquiert alors la propriété, en restaure les bâtiments, ouvre les 15 000 m2 de parc au public et dédie la maison aux activités culturelles meudonnaises !


Clara Dudézert


lundi 5 septembre 2011

Le Château de Pierrefonds ou le Moyen-Age revisité par Viollet-le-Duc


Situé à la lisière de l’épaisse forêt de Compiègne, à quelques pas de la Clairière de l’Armistice du 11 novembre 1918, et de Villers-Cotterêts, où François Ier signa la célèbre Ordonnance imposant que tous les actes officiels soient rédigés en français, l’imposant château de Pierrefonds domine la ville du même nom. 
Vue depuis le château
photo : Clara Dudézert

L'entrée du château
photo : Clara Dudézert
Du château construit au XIe siècle ne reste que les caves actuelles. Il est ensuite la possession du roi Philippe Auguste, puis, destiné à la surveillance des fiefs, il est reconstruit par Louis d’Orléans, fils cadet de Charles V et reste dans la famille. Au XVIIe siècle, il devient la propriété d’un opposant de Louis XIII qui ne tarde pas en ordonner le démantèlement. L’ampleur de la tâche est telle que l’opération n’arrive pas à son terme. Tombé dans l’oubli, il devient au XIXe siècle la « ruine romantique » par excellence. Napoléon III l’achète alors en 1810 au prix de 3.000 frs pour en faire une résidence occasionnelle, puis un musée. En 1857, il confie la restauration à l’architecte Viollet-le-Duc. Ce dernier y applique sa définition du mot « restaurer » … pour lui, « restaurer un édifice ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. » Pierrefonds est donc une création en partie imaginaire d’un château médiéval. 

Travail d’invention, de recréation, le style « Renaissance » de la Cour d’honneur côtoie l’architecture défensive et d’étranges animaux en pierre … 
La Cour d'honneur
photo : Clara Dudézert


Étrange animal de pierre ornant
des escaliers dans la Cour d'honneur

photo : Clara Dudézert
Un des crocodiles en pierre ornant
le bas des façades de la Cour d'honneur
photo: Clara Dudézert

A l’intérieur, les pièces sont recouvertes de papiers peints qui annoncent déjà le style Art Nouveau … 
Papier peint et peinture dans le Salon de réception
photo : Clara Dudézert
Les symboles de la royauté sont réinventés et mélangés : une sorte d’oiseau, proche d’un aigle évoquerait Napoléon III. Pourquoi représenter des hérissons ? des abeilles ? Un étrange écho  avec François Ier ou la famille Barberini ?
On distingue sur la gauche les aigles
et à droite les abeilles ...?
!
photo : Clara Dudézert

 


Les boiseries sont elles aussi étonnantes avec des figures animales imaginaires …








Certes, l’art médiéval au Château de Pierrefonds n’est pas d’une vérité archéologique totale, Viollet-le-Duc a pris des libertés … mais c’est la création superbement originale de l’Architecte.
Cela vaut vraiment la visite !

Terrasses de café permettant d'admirer
le château après la visite ! ;)

photo : Clara Dudézert
NB : Pour le déjeuner, profitez des tables au soleil au bord du lac dans le centre de la ville !

Clara Dudézert


Très agréable, le lac et ses pédalos...
photo : Clara Dudézert

Ouverture :
Du 2 mai au 4 septembre, tous les jours, 9h30 à 18h
Du 5 septembre au 30 avril, tous les jours sauf le lundi, 10h à 13h et 14h à 17h30
Pour s’y rendre de Paris :
A 1, sortie n° 9, puis D 200 vers Compiègne et D 973.
Entrée : 4€ / 7€

mercredi 31 août 2011

Les étranges photographies de Claude Cahun

Autoportrait, 1929
© Musée d’Art Moderne
de la Ville de Paris /
Parisienne de Photographie
"Je veux scandaliser les purs, les petits enfants, les vieillards par ma nudité, ma voix rauque, le réflexe évident du désir...", Aveux non avenus, 1930.
Les images étranges de la photographe Claude Cahun hantent encore les galeries du Jeu de Paume jusqu'au 25 septembre...
Le visiteur non averti se retrouve immédiatement plongé dans un univers à la fois onirique, étrange et déroutant, en découvrant dans la première partie de l'exposition une série d'autoportraits de cette artiste androgyne au physique dérangeant, qu'elle met en scène et utilise comme outil d'exploration avant-gardiste. L'exposition présente le travail de la photographe sous différentes thématiques : la métamorphose de l'identité, à travers ses autoportraits allant de 1913 à 1920. Claude Cahun se représente sous plusieurs aspects, travestie, parfois le crâne rasé, déguisée, le regard fixant l'objectif, anticipant presque les performances contemporaines.



Sans titre, 1936
© Photo Béatrice Hatala


L'objet est également un sujet récurrent dans son oeuvre autour de 1925, l'objet mis en scène, composé, photomonté. Cette double démarche, à la fois plastique et  symbolique, rappelle les travaux de Man Ray, aussi bien sur l'objet lui-même que sur le corps féminin. Le désir sexuel est également abordé dans la partie sur les "métaphores du désir". Mettant de nouveau son corps en scène, dans des situations ou positions subjectives/subversives, Claude Cahun tente de retrouver l'essence même du désir, désir qu'elle partageait avec sa compagne, Suzanne Malherbe, qui participa à certains de ses travaux, dont l'ouvrage le plus significatif de la photographe : Aveux non avenus (1930), dans lequel Claude Cahun expose ses grandes thématiques et ses obsessions, les illustrations étant le fruit de la collaboration des deux femmes.


Aveux non avenus, pl. 1
1929-1930
© Photo Béatrice Hatala
A la fois photographe et écrivain, Claude Cahun oriente politiquement son travail à partir des années 1930 face à la montée du nazisme. Ses oeuvres s'en ressentent fortement à cette époque et l'exposition présente des lettres et documents très significatifs de cette période mouvementée. La démarche intellectuelle de Claude Cahun nous emmène enfin au-delà du visible, au-delà du réel, à travers des images codées, comme la série Le Chemin des Chats (vers 1949 et 1953), où l'artiste, telle une aveugle, se laisse guider par un chat tenu en laisse, le long d'un chemin bordant un cimetière.
Enfin, une projection de 45 minutes permet de comprendre certains aspects de son travail et de sa personnalité hors du commun.





Symboliste, surréaliste, subversif, mais également poétique et métaphorique, tel est le travail de Claude Cahun que de nombreuses expositions tentent de redécouvrir depuis les années 1980, et que cette rétrospective permet de mieux appréhender.

A voir au Jeu de Paume jusqu'au 28 septembre.

Charlotte Romer

lundi 8 août 2011

Polémique autour de la restauration du retable d'Issenheim

Débutée le 6 juillet 2011, la restauration du retable d'Issenheim conservé au musée d'Unterlinden à Colmar fait déjà parler d'elle...

Retable d'Issenheim fermé
La Crucifixion et la Mise au Tombeau

Ce joyau de l'art occidental avait été commandé par le précepteur de la commanderie des Antonins d'Issenheim (non loin de Colmar), Guy Guers, au sculpteur Nicolas de Hagenau et au peintre Mathias Grünewald. En 1792 le retable est transporté à Colmar pour le protéger de la destruction. C'est en 1852 qu'il est ensuite transféré dans l'église de l'ancien couvent des Dominicaines d'Unterlinden, actuel musée d'Unterlinden.





Retable fermé
Saint Antoine
Retable fermé
Saint Sébastien

La partie sculptée par Nicolas de Hagenau vers 1490 représente saint Augustin, saint Antoine et saint Jérôme. La partie peinte par Mathias Grünewald entre 1512 et 1516 se développe sur 11 panneaux, visibles en trois phases : le retable fermé (la crucifixion, encadrée par saint Sébastien à gauche et saint Antoine à droite), la première ouverture du retable (de gauche à droite : l'Annonciation, le Concert des Anges, la Nativité et la Résurrection) et la seconde ouverture du retable (de gauche à droite : la visite de saint Antoine à saint Paul, les trois figures sculptées de Hagenau et la Tentation de saint Antoine). La prédelle peinte représente la Mise au Tombeau, et celle sculptée le Christ et les Apôtres.


Retable d'Issenheim, 1ère ouverture
Panneau central :
le Concert des Anges et la Nativité

Les panneaux étaient ouverts ou fermés selon l'époque de l'année, et les malades atteints du "feu sacré" ou "feu de saint Antoine", soignés dans cette commanderie, étaient amenés devant le retable pour prier et demander protection ou guérion au saint, comme une sorte de thérapeutique de choc. La représentation du Christ crucifié, transpercé d'épines est particulièrement poignante, et permettait sans doute aux malades de s'identifier à ses souffrances.






Retable d'Issenheim, 1ère ouverture
L'Annonciation et la Résurrection
 D'après un communiqué daté du 1er août 2011 publié sur le site du musée d'Unterlinden de Colmar, ce retable avait déjà fait l'objet, à maintes reprises, de restaurations ou interventions, et ce depuis le 18ème siècle (1796, 1842, 1903, 1917-1918, 1933, 1955, 1974 et 1990). L'objectif de l'intervention menée depuis le 6 juillet 2011 par deux restauratrices serait donc "l'amincissement des vernis superficiels" du panneau de la Tentation de saint Antoine, qui avaient jauni au fil des siècles, mais aussi enlever les repeints. Si cette restauration s'avère efficace, l'opération sera menée sur l'ensemble des panneaux. Mais pour l'heure, la restauration est arrêtée en attendant la prochaine réunion du comité scientifique...



Retable d'Issenheim, 2ème ouverture
Partie sculptée par Hagenau
 Dans un article daté du 26 juillet 2011, Didier Rykner, rédacteur en chef de la Tribune de l'Art, dénonce "ce projet de restauration qui ressemble davantage à une opération de communication qu’à une entreprise scientifique menée avec la rigueur que nécessite toute action de ce genre". Le but de cet article n'est absolument pas de remettre en cause le travail des restauratrices, mais plutôt de se demander si cette restauration était vraiment nécessaire, et si elle mesure bien les risques encourus par le retable, notamment lors de son transfert dans l'eglise des Dominicains, pendant les travaux de la chapelle du musée. Plusieurs autres questions sont également soulevées par Didier Rykner : la légitimité du comité scientifique, qui ne rassemble pas tous les spécialistes de Grünewald, la rapidité d'intervention après la décision du comité (le lendemain !), l'aspect "tâtonnant" de ce projet, qui teste d'abord l'intervention sur un premier panneau avant de passer aux autres, l'absence de mise en concurrence, le coût de l'opération, dont tous les fonds n'ont d'ailleurs pas été réunis (il manque aujourd'hui 150 000 €)...

Retable d'Issenheim, 2ème ouverture
La visite de saint Antoine à saint Paul
La Tentation de saint Antoine



Le communiqué publié sur le site du musée d'Unterlinden, et repris dans un deuxième article de la Tribune de l'Art, cherche à répondre à toutes ces questions bien pertinentes, en reprenant point par point l'évolution de la décision prise ce 5 juillet, sans être réellement convaincant.






La Tentation de saint Antoine
Lacune présente sur le manteau du saint

Aujourd'hui, lorsque l'on souhaite venir admirer le retable, et notamment les deux panneaux de la Tentation de saint Antoine et de la visite de saint Antoine à saint Paul, on peut ressentir ce début de travail à peine commencé, par la présence d'une estrade vide servant aux restauratrices, et d'une petite feuille de papier scotchée sur un côté, expliquant brièvement l'avancement de cette "campagne" de restauration : les vernis superficiels ont été enlevés (bien rapidement semblerait-il), et deux petites photos "avant-après" viennent illustrer ces propos. Sur un deuxième feuillet, on nous explique la présence de cette étrange tache blanche sur le vêtement bleu du saint au milieu des démons : c'est une lacune ! Pour les amateurs, on comprendra un repeint qui a été enlevé. Mais quid de la restauration de cette lacune ? L'enlèvement de ce repeint était-il justifié ? Aucun communiqué n'en parle, et nous attendons donc la prochaine réunion du comité scientifique pour en savoir plus, et tout du moins, le "retour de congé de Pantxika de Paepe [conservateur en chef du musée d'Unterlinden]", d'après Jean Lorentz, président de la société Schonhauger.

A suivre...



A lire :
- Franck Buchy, "Le retable d'Issenheim est-il menacé ?", les Dernières Nouvelles d'Alsace, 29 juillet 2011, p. 1


Charlotte Romer

mercredi 3 août 2011

Les créations de Madame Grès au musée Bourdelle

Madame Grès par Crespi,
Femina, avril 1949
"Je voulais être sculpteur. Pour moi, c'est la même chose de travailler le tissu ou la pierre", explique Germaine Krebs, alias Madame Grès (1903-1993).

Ce sont ses créations pour La Guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux en 1935 qui la lancent. D'abord connue sous le nom de Alix, la couturière ouvre en 1942 sa propre maison de couture au 1 rue de la Paix sous le nom de Grès, anagramme tronquée du prénom de son mari : Serge.

En 1988 se referme près d'un demi siècle de créations intemporelles et sculpturales, dont on retiendra tout particulièrement le "pli Grès", caractéristique de ce style à l'antique, à la fois austère, élégant et néoclassique.


Studio Dorvine, 1934
Alix, modèle n° 102, hiver 1934



Fermé jusqu'au printemps 2012, le musée Galliéra a choisi le musée Bourdelle pour sa première exposition hors les murs, consacrée à la toute première rétrospective parisienne des créations de Madame Grès.

Très épurée, la présentation permet au visiteur de se promener dans les salles du musée en découvrant, au fur et à mesure, les différentes périodes de création de la couturière, associées aux différentes ambiances du musée : de la salle des plâtres à l'aile contemporaine Porzamparc, en passant par l'appartement et l'atelier du sculpteur.





Automne-Hiver 1952-53
Robe du soir.
Jerseys de viscose

Défilent alors sous nos yeux fascinés parmi les pièces les plus emblématiques provenant du fonds Galliéra et de quelques mains privées : des robes "sculptées", hors du temps, aux drapés infinis, à l'élégance romantique. De nombreuses photographies de mode nous projettent tout d'abord dans les années 1930, et quelques dessins des costumes créés pour la pièce de Giraudoux par Jean Cocteau et Christian Bérard achèvent le tableau. Mais ce sont dans les salles suivantes que l'on peut admirer l'immense talent de Madame Grès, à travers des coupes et plissés audacieux, presque coquins, comme cette robe plissée à longueur asymétrique de couleur orange vif.

Puis les robes s'enchainent, toutes plus incroyables les unes que les autres, toujours plus plissées, toujours plus complexes, et à la fois si épurées... Parallèlement sont exposés des dessins, croquis et études de la main de Madame Grès, don de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent au profit du musée Galliéra, à l'occasion de cette rétrospective. Ces travaux préliminaires aident à appréhender le travail de cette créatrice, qui reçut en 1976 un Dé d'or pour ses robes du soir en drapé.





Printemps-été 1946
Robe de jour
Jersey de laine vert
Doublure en mousseline
de soie écrue


Le parcours se termine dans la salle contemporaine du musée, au milieu des bas-reliefs d'Antoine Bourdelle. De petites robes, au plissé élégant ou plus simples, mais tout aussi structurées, terminent le parcours, illustré par des photographies de Richard Avedon, Henry Clarke ou encore Guy Bourdin.



Il ne vous reste que quelques semaines pour venir découvrir cette extraordinaire exposition au musée Bourdelle.



Charlotte Romer

samedi 30 juillet 2011

Collection automobile Ralph Lauren

Les Arts Décoratifs exposent 17 voitures de la collection automobile du célèbre styliste Ralph Lauren.


Bugatti 57 S(C) Atalantic, 1938
On pourrait se poser la question de la pertinence de la présentation d’une telle collection dans un musée. La réponse saute aux yeux du visiteur dès qu’ils se posent sur la première pièce exposée : une Bugatti 57 S(C) ATLANTIC ; un chef d’œuvre de l’automobile, véritable rêve roulant, qui n’a absolument rien à envier aux célèbres sculptures animales de Rembrandt, le frère de son concepteur, Ettore. Et nous voilà directement plongé par la grande porte dans l’histoire de l’Automobile avec un grand A, indiscutablement associé à l’Art.

Porsche 550 Spyder, 1955

Les pièces présentées sont à la fois exceptionnelles par leur rareté  (4 exemplaires pour l’Atlantic, 39 Ferrari 250 GTO), la qualité de leur restauration (elles semblent sortir d’usine !) mais avant tout par leur design, telle l’extraordinaire Mercedes-Benz SSK « Comte Trossi » dont la poupe est un modèle d’imagination et de style, ou la magnifique Jaguar XKD aisément reconnaissable à son aileron qui en fit le maitre des circuits, à défaut des océans…



Ferrari 375 plus, 1954

Et l’on devine aisément les raisons qui ont poussé l’un des grands créateurs de mode à se passionner pour ces bolides (les voitures présentées étant avant tout des modèles de course, même cette étonnante Bentley « Blower » au look de camion qui compte trois participations aux 24h Du Mans !). La beauté des formes, la qualité des matériaux, le raffinement des matières, le choix des couleurs : rien n’est laissé au hasard pour sublimer chaque pièce, conçues dans leur immense majorité par des mains de maitres, artisans bien plus proches des artistes que des robots industriels qui ont pris leur place de nos jours.


Cette exposition, malheureusement statique, provoque finalement une frustration car toutes ses demoiselles rutilantes sont bel(les) et bien en état de fonctionnement. Heureusement les commissaires d’exposition ont prévu la parade.  Non pas qu’il soit possible de prendre le volant et d’aller se balader le long de la rue de Rivoli, mais des vidéos d’époque projettent leurs exploits sur pistes. Et surtout, nous permettent d’entendre le ronronnement de leur mécanique. Et on se voit alors associer à la douceur des formes de la Ferrari 250 GT Berlinetta SWB ou de la Ferrari 375 Plus, le bruit rauque et animal de leurs puissants moteurs V12 ! Le contraste est saisissant et rappelle qu’en cette époque bénie les normes anti-bruit n’imposaient pas de rendre les voitures plus fades. Tout était alors possible, les seules barrières étaient l’imagination des concepteurs et cette exposition nous montre  qu’elle était (presque) sans limites.

Chefs-d'oeuvre de la collection Ralph Lauren, Les Arts décoratifs, jusqu'au 28 août 2011.

Cédric Gaillard

samedi 2 juillet 2011

Rembrandt et son cercle

L’Institut Néerlandais présente près d’une centaine de dessins de Rembrandt et de son entourage, tels Jan Lievens, Nicolas Maes, Ferdinand Bol, Lambert Doomer, Gerbrand Van den Eeckhout, soulignant ainsi l’influence du Maître sur ses proches. Ces feuilles, au sujet parfois très abouti, parfois seulement esquissé, proviennent de la collection Frits Lugt, célèbre collectionneur connu pour ses publications sur les marques de collection.

Parmi d’autres, quelques chefs-d’œuvre : De Rembrandt, on mentionnera La Femme rassurant un enfant effrayé par un chien, le serein Moulin à vent sur un bastion, et le touchant Vieil homme assis ; De Van den Eeckhout, l’Etude d’un chien allongé entièrement réalisé au lavis brun.

Rembrandt, Le Moulin sur le bastion,
plume, encre brune, lavis brun,
116 x 198 mm
Rembrandt, Vieil Homme assis,
plume, encre brune, lavis brun, gouache blanche,
164 x 129 mm
.

Autre intérêt de l’exposition : Frits Lugt collectionnait également des cadres anciens. A la fin de sa vie, il lega environ neuf cent cadres datant du XVIe au XIXe siècle à la Fondation Custodia. Les dessins sont donc présentés dans ses cadres anciens, provenant essentiellement des Pays-Bas, la plupart datant du XVIIe siècle. Entièrement en ébène, d’autres en poirier noirci, le décor des baguettes est « ondé » ou « guilloché » et les moulures rectilignes. De très jolis cadres en ébène et écailles de tortue sont exposés. Dans la première salle, on remarquera le joli cadre à cassetta italien du XVIe siècle autour du Vieil Homme assis, incrusté de pierre de couleurs et nacre, ornementation typique des peintures de Corneille de Lyon.

Après une première étape successful au printemps 2011 à la Frick Collection de New York, l’exposition devrait également beaucoup plaire aux parisiens, sans compter qu'il n'y a pas de Conservateur pour les dessins nordiques au musée du Louvre ... et en conséquence ... peu d'exposition sur le sujet !


Clara Dudézert

-REMBRANDT ET SON CERCLE- Institut Néerlandais, 121 rue de Lille, 75007 Paris. 
M° Assemblée Nationale. Du 30 juin au 2 octobre 2011.
Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 13h à 19h.